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Enquête au cœur de la Mission Laïque Française et du Lycée Français International de Palma – 1ère partie

Publié le 5 juin 2023

Mis à jour le 25/06/23 

Je suis le père d’un enfant scolarisé depuis 2022 en maternelle au Lycée Français International de Palma et j’ai découvert, lors de son inscription, la MLF (Mission Laïque Française) dont je n’avais jamais entendu parler auparavant.

Très surpris par un certain nombre de faits et après plusieurs semaines d’enquête et d’échanges avec un grand nombre d’acteurs de cette organisation (professeur(e)s, agents administratifs, proviseur(e)s, familles et élèves) il semble utile de partager des éléments en lien avec la gestion du LFIP et plus largement de sa « maison-mère », la MLF.

La MLF est une Association à but non lucratif et reconnue d’utilité publique dont le siège est à Paris XVème.

Cette Association, fondée en 1902, gère la scolarité de plus de 61.000 élèves dans 37 pays à travers le monde.

A Palma, le LFIP (Lycée Français International de Palma) est une Association de droit espagnol rattachée à la MLF. C’est l’unique lycée français à Majorque. Pour les parents, expatriés et attachés à l’enseignement et la scolarité française pour leurs enfants, il n’y a donc aucune alternative localement.

Cette situation qui ne laisse aucun autre choix s’apparente clairement à une délégation de service public accordée à cette Association conventionnée avec l’AEFE (Agence pour l’Enseignement du Français à l’Étranger) et au bénéfice d’une homologation accordée par l’Éducation Nationale française et espagnole.

La MLF : une organisation démocratique ?

C’est un fait, depuis l’arrivée du nouveau directeur général de la MLF le 17 janvier 2022, force est de constater que l’organigramme de l’Association a quelque peu été transformé en « chaises musicales » à un rythme soutenu. Ainsi en à peine plus d’un an :

  • La MLF a supprimé la représentation syndicale des personnels enseignants détachés à l’étranger dès septembre 2022, soit à peine 7 mois après l’arrivée du nouveau directeur général.

  • Un des deux directeurs généraux adjoints de la MLF, en détachement de l’Education Nationale depuis septembre 2013, a été démis de ses fonctions en juin 2022. Eliminé de l’organigramme et interdit d’accès au siège, ses archives auraient été détruites. Son bureau a été repris par l’actuel directeur général et a fait l’objet de grandes rénovations (donc financées par les frais de scolarité facturés aux familles… ?).

  • La Directrice de la pédagogie et du développement professionnel, en détachement de l’Education Nationale, arrivée en octobre 2022 a quitté ses fonctions 4 mois plus tard en janvier 2023.

  • La responsable de la communication, en poste depuis mai 2018 a démissionné de son poste en décembre 2022.
  • La directrice régionale des affaires financières du réseau espagnol, en détachement de l’Education Nationale auprès de la MLF a annoncé mettre un terme à sa mission au 31 août 2023 mais devrait finalement rapidement rejoindre le siège de la MLF pour, comme dans les grands ministères ou les grandes entreprises, occuper le poste de « directrice de cabinet » du Directeur général.

  • La responsable du département formation et développement professionnel (un poste essentiel pour la formation des équipes pédagogiques), en détachement de l’Education Nationale auprès de la MLF depuis plus de 7 ans a annoncé récemment mettre un terme à sa mission.

  • La responsable du département « partenaires, institutions et écoles d’entreprises » en détachement de l’Education Nationale auprès de la MLF depuis plus de 8 ans a annoncé récemment mettre un terme à sa mission.

  • Enfin, la responsable du département « contrôle de gestion », en poste depuis septembre 2019 a également annoncé récemment son souhait de démissionner en limitant sa durée de préavis.

Enfin, suite à ces multiples démissions et aux conditions de travail au siège de la MLF (du harcèlement moral et sexuel serait évoqué), dénoncées par les représentants des personnels, un audit sur les risques psychosociaux serait actuellement mené au siège de la MLF en accord avec la direction générale…

Sur le plan de la représentation démocratique au sein de la MLF, il faut savoir que les familles, dont les enfants étaient scolarisés dans l’ancienne école de Palma fondée par l’Association Culturelle Française des Baléares à la fin des années 60, étaient bien membres de cette dernière.

Avec la naissance du nouveau LFIP et du fait de sa gestion en direct par la MLF, ce n’est plus le cas.

En effet, les statuts de la MLF (disponibles ici) empêchent l’arrivée de nouveaux membres dans son Conseil d’administration qui ne seraient pas cooptés.

Dans tous les cas, aucun représentant des parents d’élèves, d’aucun pays, d’aucun lycée, ne siège au Conseil d’Administration de la MLF.

Cela étant, pour bénéficier des nombreuses exonérations fiscales dont elle bénéficie, cette Association devrait répondre à des critères de gestion stricts (notamment être totalement désintéressée comme son statut l’exige).

Au vu de ce qui précède et de ce qui suit, on est en droit de s’interroger sur le respect, par la MLF, des principes associatifs.

Enfin, compte tenu des frais de scolarité très élevés pratiqués au LFIP et d’une manière générale dans le réseau de la MLF, il semble utile de s’intéresser d’un peu plus près à la gestion de cette organisation et vérifier si, effectivement, cette dernière respecte les critères d’une véritable Association en agissant réellement, et uniquement, dans l’intérêt des familles et de leurs enfants.

Des comptes et des activités obscures

Les comptes du LFIP, comme ceux de tous les autres établissements en pleine responsabilité de la MLF (EPR), hormis quatre entités, ne sont pas rendus publics. Il est impossible d’obtenir la moindre information quant aux contrats qui lient ces établissements à leurs fournisseurs.

Plusieurs tentatives aimables pour obtenir des précisions ont été adressées au siège de la MLF qui, ce qui est surprenant de la part d’une structure éducative, n’a pas répondu et ce malgré plusieurs relances.

Il semblerait également que plusieurs familles du LFIP ont également tenté d’interpeller la MLF sur plusieurs sujets mais sans obtenir, non plus, la moindre réponse.

Etant donné que la MLF ne souhaite pas communiquer sur sa gestion, il est tout de même possible d’obtenir des informations importantes et éclairantes par le biais d’autres canaux.

Aussi, en ce qui concerne :

  1. Les comptes déposés et certifiés de la MLF par un commissaire aux comptes (à consulter ici : Comptes MLF 2021-2022)

On découvre que cette, très riche, Association disposait au 31/08/22 de :

  • Plus de 37 millions d’euros de trésorerie (du cash) sur ses comptes bancaires

  • Plus de 6 millions d’euros en « valeurs mobilières de placement »

On apprend également que la gestion « désintéressée » de la MLF lui a permis de se constituer une grande manne financière au fil des années de plus de 90 millions d’Euros.

Cette somme mentionnée dans ses comptes comme des « fonds associatifs » ou des « réserves pour projet associatif » ne sont ni plus ni moins que des bénéfices. Il serait donc intéressant de connaitre la finalité de ces fonds…

En effet, pourquoi ces « fonds associatifs » ne servent-ils pas directement l’intérêts des familles en permettant ainsi la baisse des frais de scolarité et l’amélioration des conditions d’enseignement ?

Pour l’année 2021-2022, au chapitre des dépenses, les « autres achats et charges externes » représentent plus de 24 millions d’euros ! C’est une simple ligne comptable qui ne présente aucun détail alors qu’il s’agit visiblement de  grandes dépenses pour lesquelles on est en droit de s’interroger et d’obtenir des réponses.

Au cours de la même année, la MLF a également engagé pour plus de 203.000 d’Euros de travaux d’aménagement (dont vraisemblablement la rénovation du nouveau bureau du directeur général) au siège de la MLF à Paris dans le XVème…

Pourquoi de telles dépenses au siège alors qu’aucun euro ne semble disponible pour corriger les erreurs de conception au LFIP (acoustique catastrophique de la cantine et de la cour élémentaire, espaces extérieurs sans protection contre le soleil et le sol de la cour des maternelles inadapté). On peut penser que d’autres établissements du réseau de la MLF soient dans la même situation.

Au vu de ces chiffres qui objectivement interpellent, on est en droit de se demander si la MLF n’est pas d’abord « une énorme machine » à faire de l’argent et à financer des tiers et des projets indéterminés au détriment des familles qui la financent.

Aujourd’hui, rien ne prouve le contraire.

Les tarifs de scolarité pratiqués par la MLF (et qui varient très fortement et étrangement d’un lycée à un autre), à Palma notamment, permettent à n’en point douter, de générer des profits importants qui semblent remonter au siège pour financer des dépenses obscures et qui ne correspondent clairement pas aux critères d’une gestion associative désintéressée et rigoureuse.

Le patrimoine immobilier de la MLF

Encore une fois, les comptes publiés font apparaitre de nombreux terrains et d’immeubles à travers le monde pour une valeur au bilan qui dépasse les 147 millions d’euros.

Il faut aussi savoir que, selon une convention entre l’Association Culturelle Française des Baléares (à l’origine de la création de l’école française de Palma dans les années 70) et la MLF, le fruit de la vente des anciens locaux lui sera reversé. En attendant le LFIP continue d’entretenir, aux frais des familles, les anciens locaux jusqu’à la vente (nettoyages, électricité, impôts…).

Et pour être tout à fait précis, à la date de signature de cette convention, l’Association Culturelle Française des Baléares aurait cumulé une dette de 2 millions d’euros. Cette dette aurait été intégralement reprise par la MLF.

Finalement, quand ces locaux idéalement placés seront vendus, à qui et à quoi seront affectées les sommes très importantes issues de cette vente qui devraient dépasser les deux millions d’euros et donc le montant de la dette reprise ?

Cela viendra-t-il augmenter la manne financière de la MLF en plus de ses placements en bourse, auxquels s’ajoutent des subventions de l’État français ? Et tout cela pour finalement servir quels intérêts ?

En toute logique, le patrimoine de l’Association historique devrait servir les intérêts des familles des Baléares, que ce soit pour le LFIP ou des actions culturelles en général. Une fois encore, la somme qui sera finalement récoltée devrait en toute logique servir à améliorer la qualité de l’enseignement et abaisser les frais de scolarité au LFIP.

Un rapport d’activité mensonger publié sur le site internet de la MLF

C’est factuel, le rapport d’activité 2021-2022 publié par la MLF sur son site internet (que vous retrouverez ici) contient non seulement des erreurs mais également des mensonges.

À la page 114, il est indiqué en titre que l’exercice 2021-2022 se solde par un déficit 2,3 M d’euros. Or le compte de résultat certifié et publié sur la même page mentionne une perte de 3,2 M d’euros.

À ce niveau de responsabilité et travaillant dans le monde de l’éducation, confondre les 2 et les 3 est un réel problème.

On peut naturellement croire qu’il s’agit d’une erreur. Pourtant, la directrice des affaires financières et comptable, le directeur général de la MLF ainsi que son commissaire aux comptes ont été informés personnellement mais n’ont donné aucune suite…

La MLF n’a procédé à aucune rectification de son rapport et continue sciemment de communiquer de fausses informations. Serait-ce pour faire croire que l’état de ses finances est différent de la réalité ?

A la même page 114, il est indiqué que le réseau espagnol reste en « difficulté financière » avec un ensemble d’établissements qui présente « des résultats déficitaires en raison notamment d’une perte d’effectif. »

Dans la mesure ou la MLF ne publie pas les comptes de ses établissements, on ne peut donc vérifier cette affirmation péremptoire.

Cela étant, lorsque la MLF indique une perte d’effectif pour le réseau espagnol et que l’on compare cette information avec les effectifs publiés des établissements dans son rapport d’activités à la page 68 (voir ici), l’on constate en réalité un solde positif de 74 élèves entre les années 2020-2021 & 2021-2022 (et même un gain de 73 enfants supplémentaires rien qu’au LFIP !).

Sauf à vouloir faire croire que « la MLF est en difficultés financières », quelle est l’objectif de cette communication trompeuse ?

L’ensemble de ces éléments appelle à un contrôle plus strict de cette Association.

Un congrès annuel générant des dépenses totalement inutiles et somptuaires à la charge des familles (et des collectivités partenaires ?) avec un impact écologique désastreux.

Chaque année, la MLF organise « son » congrès, généralement d’une durée de 3 jours, se déroulant soit à New-York, Paris, Casablanca, Rabat, Dijon, Saragosse, Deauville… ou cette année à Reims.

Ce sont plusieurs centaines de personnes (proviseur(e)s, directeurs(trices) de primaire, gestionnaires, intervenants de tous les pays et personnels du siège) qui sont invités tous frais payés pour échanger sur le futur de l’éducation…

Selon les informations obtenues, les frais de déplacement des personnels des différents pays sont « pris en charge » par les établissements eux-mêmes, ce qui permet ainsi de répartir une partie des coûts du congrès sur leurs propres budgets de fonctionnement.

C’est une manière habile de maquiller des comptes, mais les familles inscrivent-elles leurs enfants dans un établissement de la MLF pour financer un grand rassemblement annuel ou les vacances de certains de ses membres ?

En ce qui concerne l’hébergement, on notera qu’à Rabat c’est au Sofitel (un 5* de grand luxe) et au Normandy ainsi qu’au bien nommé « le Royal » à Deauville (un autre 5* de très grand luxe) que les participants ont posé leurs valises. Avec une pointe d’ironie, on notera que la sobriété semble être une valeur importante à la MLF, surtout lorsqu’il s’agit de gérer avec rigueur les contributions des familles…

Comme pour une grande entreprise du CAC 40, il semblerait que l’Association MLF fasse dorénavant appel à une agence d’évènement pour l’organisation de ses séminaires. Un contrat dont la valeur dépasserait les 230.000 euros est évoqué pour l’organisation du dernier séminaire à Reims.

Mais il y a plus, au-delà des conditions d’attribution et la valeurs précise des contrats confiés à ces agences d’évènements (dont on aimerait connaitre les détails), il circule l’information que l’animateur des 3 jours du congrès 2023 (une connaissance du directeur général de la MLF lorsqu’il travaillait pour la télévision ?) aurait été payé 27.000 € pour sa prestation. L’intéressé a directement été contacté à ce sujet et n’a, à ce jour, apporté aucune réponse, ni aucun démenti.

La MLF pourra toujours démentir ces informations si elle le souhaite mais elle devra faire preuve de transparence en communiquant notamment toutes les informations comptables.

Dans tous les cas, de telles dépenses si elles n’étaient pas démenties, pour l’organisation d’un séminaire annuel ou un tel niveau de rémunération pour un « animateur », sont stratosphériques, et semblent contraires aux règles d’une bonne gestion associative dont l’objet, est-il utile de le rappeler : la gestion de la scolarité de plus de 60.000 élèves à travers le monde.

On relèvera également que la thématique du congrès de cette année était : « Enseigner la vérité, un défi toujours renouvelé ». A chacun(e) de méditer sur cet intitulé au regard du fonctionnement de la MLF…

Alors que la situation sociale au sein des établissements de la MLF est particulièrement dégradée (Grève blanche au LFIP depuis mi-mars 2023, gronde sociale dans les autres établissements du réseau au sujet des salaires, déconventionnement de deux lycées Mlf en Espagne…), ces congrès annuels n’ont-ils pas pour mission de détourner l’attention du public de la réalité du quotidien des lycées français à l’étranger ?

Si l’on pourrait s’interroger sur l’utilité de ces congrès, cela permet, à n’en point douter, de faire « plaisir » à certains participants et autres intervenants très éloignés des préoccupations des élèves et des enseignants qui ne participent pas à ces « congrès » (hormis quelques uns pour donner bonne conscience aux instances de la MLF ?) mais attendent pourtant de l’attention et des garanties quant à aux moyens mis en œuvre pour offrir une scolarité de qualité et conformes aux principes fondateurs de la MLF et éducatifs français.

En consultant le site internet dédié au congrès 2023 (que vous retrouverez ici), l’on cherche désespérément un atelier ou une rencontre durant ces trois jours avec des familles dont les enfants sont scolarisés au sein du réseau MLF. Il n’y en a pas.

Pourtant, les sommes faramineuses qui doivent être engagées pour l’organisation de « ces congrès » (même avec le potentiel soutien non détaillé de « partenaires » présents sur la page du site dédié) sortent totalement du cadre associatif dont dépend pourtant la MLF.

Au final, Il est indispensable de connaître tous les détails des coûts réels de ces congrès et leurs sources détaillées de financement.

Ce sont finalement les contributions aux frais de scolarité versés par les familles qui financent directement l’organisation de ces congrès et les escapades de leurs participants. Il ne semble pas que l’on demande l’aval des familles pour ces dépenses et cela ne ressort d’aucun document présenté lors de l’inscription et encore moins sur le site internet de la MLF.

Enfin, alors que l’on nous explique à longueur de temps et sur toutes les ondes, combien l’impact écologique de nos activités doit être évalué et contrôlé, il est essentiel de connaître l’impact écologique et la justification d’un tel congrès avec le déplacement des participants, pour la plupart en avion depuis l’autre bout du monde.

Quelqu’un devra peut-être expliquer aussi aux dirigeants de la MLF, qu’en 2023, l’on peut organiser des évènements numériques aussi passionnants qu’écologiques.

Les frais de scolarité et des augmentations (mais pas pour tout le monde…)

Si la situation financière de chaque famille peut être différente, la scolarité d’un enfant au LFIP (ou dans tout autre lycée du réseau) peut représenter un sacrifice et un effort financier à la limite du supportable.

On ne va pas revenir ici sur le fait que la scolarité des enfants français soit payante à l’étranger (mais pas partout…). Il s’agit d’un choix purement politique. Chacun aura son avis sur la question et peut interpeller librement le député ou le sénateur de sa circonscription à ce sujet.

Cela étant, l’État devrait au moins s’assurer que les organisations, qui reçoivent son « homologation », respectent bien les critères de base, à savoir la rigueur de sa gestion et l’équité entre toutes les familles lorsqu’il s’agit de payer les frais de scolarité.

Le fait de confier la scolarité française, en partie à des associations privées, ne devrait en aucun cas dédouaner l’Etat de ses responsabilités notamment de surveillance et de contrôle afin de prévenir les dérives.

Pour ne citer qu’un exemple à Palma, il y a des Français qui ont un commerce qui fonctionne bien mais qui ont dû renoncer à scolariser leurs deux enfants au LFIP pour simplement privilégier l’hébergement de toute la famille. Renoncer à la scolarité française de ses enfants pour des raisons uniquement économiques peut sembler injuste, surtout si la réalité pourrait être différente avec des tarifs moins élevés…

Il peut être instructif de procéder à la lecture d’un tableau comparatif (que vous pouvez consulter ici) des tarifs pratiqués par les différents lycées du réseau espagnol pour la prochaine rentrée scolaire 2023-2024 en ajoutant le lycée d’Ibiza (non membre du réseau de la MLF mais qui est conventionné avec l’AEFE).

La comparaison peut surprendre… Vous noterez tout d’abord que le LFIP est le plus cher de tout le réseau espagnol (sur les 10 établissements) sans que l’on comprenne finalement pourquoi.

À Palma, les frais de scolarité du primaire sont 32 % plus élevés qu’à Murcie.

Pourtant, il s’agit d’un lycée de taille comparable à celui de Palma aussi bien en termes d’élèves qu’au niveau du personnel. C’est une évidence mais il semblerait plus équitable de payer la scolarité de son enfant comme à Murcie, soit 4595 € / an et non 6100 € / an comme à Palma. Certains diront (à la MLF peut-être ?) qu’il est possible de déménager !

Pire à Ibiza (dont le coût de la vie est sensiblement plus élevé qu’à Palma), le lycée pratique des tarifs bien inférieurs à tous les niveaux de scolarité (en moyenne 19 % moins cher) et également sur les frais de cantine pour les primaires. Le fait que les frais de personnels de direction (proviseurs et directeurs) et une partie des salaires des enseignants « résidents » soient pris en charge pour l’État Français à travers l’AEFE, n’explique pas ces si grandes différences.

Cette situation est d’autant plus surprenante que les conditions des contrats « locaux » du personnel de Palma sont exactement les mêmes que pour tous leurs autres collègues en Espagne travaillant pour des lycées privés sous contrat (les « concertados »). Si seulement le tarif élevé du LFIP permettait d’offrir un meilleur salaire aux personnels ce serait une bonne raison mais ce n’est pas le cas.

Une nuance cependant, le proviseur qui quittera le LFIP (et la MLF) au mois de juin pour rejoindre un établissement prestigieux de l’AEFE à Berlin, n’aura pas trop d’inquiétude à avoir pour les frais de scolarité de ses élèves du secondaire car les frais de la cinquième à la terminale y sont de 0 € ! (C’est un héritage de l’après-guerre pour favoriser l’amitié franco-allemande). La chance est à Berlin et un peu moins à Palma !

En ce qui concerne la scolarité de leurs enfants, les Français de l’étranger ne sont pas traités équitablement.

On cherche à comprendre comment il est possible que la MLF puisse gérer ses activités en imposant des frais de scolarité avec une telle disparité à l’intérieur d’un même pays comme l’Espagne sauf à constater une adaptation du prix en fonction de « la clientèle » visée et sa capacité à pouvoir payer au prix fort le remboursement de ses investissements immobiliers.

Pas trop cher pour la classe populaire de Murcie et beaucoup plus cher à Majorque puisque les clients sont « riches » et qu’il y a des listes d’attente. Ce mode de gestion semble particulièrement cynique mais économiquement très efficace. La direction de la MLF l’a apparemment très bien compris.

Parlons encore de chiffres

Au 31/12/22, en Espagne, l’inflation est de 5,7 %.

Pourtant si l’on regarde l’augmentation des frais de scolarité prévue au LFIP pour 2023-2024 (sans aucune justification), qui n’a pas été « validée » par son Conseil d’établissement (qui n’a aucun pouvoir décisionnel) pour la prochaine année scolaire, celle-ci approchera les 7 %. On peine d’ailleurs à comprendre l’utilité d’un tel Conseil d’établissement dont l’avis ou les votes ne servent à rien et se retrouve simplement devant le fait accompli, tout comme les familles.

Les augmentations de tarifs 2023-2024 mises en place dans les différents lycées du réseau MLF espagnol oscillent entre +2,5 % (à Reus) et +10 % (à Séville, soit +57 € / mois. C’est une somme importante).

C’est difficile à accepter pour des familles en difficulté (mais non éligibles aux aides) notamment lorsque l’on connait la valeur du « trésor » financier accumulé à ce jour par la MLF et détaillé plus haut.

Au vu de tout ce qui précède et du nivellement national, les frais de scolarité du LFIP devraient en réalité baisser et certainement pas augmenter malgré l’inflation en Espagne.

Cette baisse devrait intervenir dès la prochaine rentrée scolaire 2023 et ne pas faire l’objet de tractations à n’en plus finir.

Une autre interrogation toujours au LFIP, qu’en est-il de la gestion du fond de solidarité abondé annuellement par chaque famille à hauteur de 20 euros et d’un montant global de plus de 8.000 euros (sur une base estimative d’environ 400 familles cotisantes) ?

Comme l’on peut douter que l’intégralité de cette somme est utilisée, chaque année, pour venir en aide aux familles en difficultés, il a été demandé des détails sur l’utilisation de ces fonds, ce à quoi le directeur du primaire a indiqué que « l’argent était bien là » et pouvait aussi servir à financer « d’autres besoins » que des besoins « purement solidaires » comme les voyages scolaires ou l’intervention d’un professionnel pour accompagner un enfant (psychologue, orthophoniste, etc…). Il serait légitime d’avoir des précisions sur l’utilisation de ces fonds solidaires au fil des dernières années.

Si le principe de la solidarité n’est pas à remettre en cause pour des difficultés passagères (des accidents de la vie), l’utilisation de ces fonds pour « d’autres besoins » ou accompagner régulièrement des familles qui ne peuvent pas (ou plus) assumer les voyages scolaires de leurs enfants au LFIP ne semble pas raisonnable. D’autres solutions existent comme les ventes solidaires ou la mise en place d’évènements visant à récolter des fonds sur la base du volontariat.

Il faut aussi relever qu’une quarantaine d’élèves (soit près de 2 classes pleines) suivent leur scolarité au LFIP gratuitement. Il s’agit des enfants du personnel permanent du lycée (éducatif et administratif).

C’est un avantage en nature important et indéniable qui doit aussi être pris en compte dans la réalité d’une rémunération des enseignants calculée sur 14 mois (pour les contrat locaux).

L’on peut comprendre parfaitement qu’un(e) professeur(e) ou une secrétaire, notamment célibataire, ne puisse, compte tenu de son salaire, se permettre de scolariser son enfant au LFIP s’il devait en payer les frais.

Cependant, cette gratuité (qui fait partie des acquis sociaux des personnels au-travers de leur convention collective), a néanmoins un coût pour la collectivité qui ne peut être ignoré puisque cela impacte directement la rentabilité du lycée et donc les frais de scolarité payés par les familles qui ne perçoivent, elles, aucune aide (les non-boursiers notamment).

A ce sujet, on ne comprend pas pourquoi les professeur(e)s ou les personnels français ne demandent pas une bourse quand ils y ont droit. Ces revenus supplémentaires viendraient alors directement alimenter les caisses du LFIP et réduiraient ainsi les frais de scolarité des familles sans pour autant augmenter les charges financières des professeur(e)s..

Petits arrangements entre ami(e)s ou comment se servir du pouvoir pour améliorer ses fins de mois à Palma…

Modifié le 13/06/23 (adaptation à la hausse des éléments chiffrés).

À ce sujet, un cas précis, et difficilement défendable, qui démontre que nous ne sommes pas tous égaux, attire néanmoins l’attention :

La  lecture de la « déclaration d’intérêts et d’activités » de l’ancienne proviseure du LFIP devenue depuis députée et aujourd’hui sénatrice (à retrouver ici) est très instructive.

Au cours des années 2012 à 2017, l’ancienne proviseure passée par le Maroc puis l’Espagne à Palma (de septembre 2014 à mai 2017), que je ne connais pas personnellement et avec laquelle je n’ai jamais échangé, a vu son salaire augmenter de 14 % entre 2013 et 2014 et de 19,6 % entre 2014 et 2015 pour atteindre les 53.448 euros nets par an.

Cette augmentation semble très surprenante et ne semble pas correspondre aux grilles salariales de l’Éducation Nationale (ni à celle de la MLF pour les autres proviseur(e)s surtout en passant d’un poste au Maroc à un poste en Espagne.

Cette charge salariale majorée a directement impacté les comptes du LFIP (donc les frais de scolarité) mais pour quel motif et sur quelle base ?

Dans tous les cas, les professeur(e)s qui attendent patiemment des augmentations apprécieront.

En mai 2017, l’ex proviseure est ensuite entrée en politique, en étant élue députée de la 5ème circonscription des Français établis hors de France. Son élection sera finalement annulée par le Conseil d’État, le 2 février suivant.

De nouvelles élections partielles sont organisées (avec une abstention record de 92 % du corps électoral), l’ex-proviseure est alors élue au poste de députée avec 2398 suffrages représentant 2,71 % des 88.455 inscrits !

Et surprenant, moins d’un mois après son élection, la nouvelle députée intègre le Conseil d’administration de la MLF (c’est la seule députée puis maintenant sénatrice en activité dans ce cas).

Devenir députée avec le vote de seulement 2398 personnes et ainsi gagner plus de 70.000 € net par an plus les autres avantages (voyages en classe business depuis sa circonscription, téléphone et transport SNCF gratuits, etc…), l’on peut comprendre que la politique soit plus attirante que l’enseignement (au moins financièrement) !

Si finalement, on ne doit pas remettre en cause son engagement ou sa légitimité, on peut tout de même s’interroger sur le but de cet engagement soudain au sein du Conseil d’administration de la MLF et ce pour la défense de quels intérêts ? On ne le sait pas mais, si les familles du LFIP n’en tirent concrètement aucun avantage aujourd’hui, on peut imaginer que d’une manière ou d’une autre, les siens sont préservés.

Effectivement, sa conjointe est professeure au LFIP. Jusque-là, rien d’incroyable, on peut (bien) travailler en famille…

Cette dernière a d’abord été embauchée « normalement » par le LFIP à la rentrée 2014 sous contrat local, se mettant « en disponibilité » de l’Éducation Nationale (il est effectivement courant qu’un poste soit proposé au conjoint(e) du proviseur(e) pour faciliter le regroupement familial).

Indépendamment d’un salaire moins élevé qu’une professeure « détachée », cette professeure « en disponibilité » voit sa carrière à l’Éducation nationale « gelée » (plus de « points », plus d’évolution de carrière, etc…) jusqu’à son retour dans « l’Éducation Nationale ». C’était le principe de base d’un(e) professeur(e) qui se mettait « en disponibilité » jusqu’à l’entrée en vigueur d’une nouvelle loi le 5 septembre 2018.

A la rentrée 2018, les professeur(e)s en « disponibilité » qui exercent une activité salariée d’au moins 600h / an (C’est le cas d’un(e) professeur au LFIP) ont désormais la possibilité de conserver leurs droits à l’avancement pendant une période de 5 ans maximum. «  Cette période est assimilée à des services effectifs dans le corps ». Tous les détails sont à retrouver ici

Et toujours plus surprenant, juste après le départ de sa conjointe devenue députée, cette professeure voit finalement son statut passer de « en disponibilité » à celui de « détachée » à la rentrée scolaire de 2017 (le Graal pour un professeur basé à l’étranger). Cette situation, que l’on pourrait qualifier de « passe-droit » (et issue d’un lobbying appuyé auprès du directeur général de la MLF de l’époque ?) est suffisamment rare pour être soulignée, ce d’autant plus que cela lui permet, entre autres avantages, de plus que doubler son salaire (environ 5000 € net / mois pour moins de 20h de service par semaine), avec 100 % à la charge du LFIP et donc des familles.

Ces contrats de « détachés » (qui ne concernent seulement que sept enseignants sur cinquante-quatre au LFIP) sont censés être limités (pour éviter le surcoût pour les établissements) et dans le temps (pour éviter l’opportunisme et permettre à l’académie d’origine de « récupérer » son enseignant s’il en a besoin et le lycée de motiver aussi « financièrement » un autre professeur dont il pourrait avoir besoin…).

Pour des raisons notamment économiques (le cout de revient dépassant les 80.000 € / an auxquelles s’ajoutent l’avantage en nature des frais de scolarité pour 13.000 € / an, soit au total plus de 93.000 € / an) et en concertation avec le siège de la MLF, il avait été décidé que le contrat de cette professeure ne devait pas être renouvelé au 31 août 2023.

Cette dernière a néanmoins vu son contrat prolongé grâce à un revirement de décision avec une intervention directe de la direction de la MLF qui serait passée outre le refus ferme de la direction du LFIP de le renouveler pour des raisons évidentes d’équité vis-à-vis de ses collègues (certains attendent depuis longtemps un poste de « détaché »), du respect de l’équilibre économique et des besoins du lycée (ce poste pouvant être facilement recruté en contrat local moins couteux).

Avoir une conjointe députée, puis sénatrice, mais également membre du Conseil d’administration de la MLF, l’on peut décemment envisager que cela peut aider à obtenir certains avantages…

Cela étant, le salaire annuel d’une députée (70.773 € net) puis d’une sénatrice (66.828 € net) sans compter la retraite majorée et celui d’une professeure détachée et certifiée au LFIP (environ 60.000 € NET par an) dépasse donc les 126.000 € net par an, soit 10.500 € net par mois pour le couple.

Dans ces conditions, il parait pour le moins surprenant que ce couple à très hauts revenus puisse bénéficier de la gratuité des frais de scolarité pour leurs enfants alors que la légitimité du poste d’enseignant de l’un des parents est sujet à caution…

Peut-être qu’il serait utile de garder le sens de la mesure en renonçant à des privilèges objectivement indus (un poste de détaché pour sa conjointe et la gratuité des frais de scolarités) surtout lorsque l’on est à l’origine d’un rapport en 2019, en tant que députée, sur « l’enseignement français à l’étranger ». (Rapport à consulter ici).

S’Il faut espérer que ce cas soit unique au sein du réseau de la MLF, il n’ y a aucune raison que cette situation perdure.

Le service de cantine et les bâtiments du LFIP

Compte tenu de mon expérience professionnelle dans l’organisation des séjours de vacances pendant plus de 20 ans pour des enfants et des adolescents en France et à l’étranger, je porte un regard tout particulier sur le service de cantine offert au LFIP.

En ce qui concerne la préparation des quelques 600 repas quotidiens, ici, le manque de transparence est total : Quelle est la valeur des denrées posées dans les assiettes de nos enfants ? (C’est un élément essentiel que nous devrions naturellement connaître), quel est la part des salaires et du matériel dans le prix du repas ?

Lorsqu’il s’agit de nourrir des enfants, il est essentiel de savoir si le prix payé permet avant tout d’acheter des denrées  alimentaires plutôt que de rembourser un crédit pour un four ou permettre au lycée d’augmenter éventuellement sa marge.

Par ailleurs, le prix de la demi-pension est le même pour tous les élèves que ce soit pour les maternelles ou pour les adolescents. Dans bien d’autres établissements du réseau et de l’AEFE, les tarifs varient selon l’âge et c’est même gratuit pour les TPS à Murcie !

Au-delà des prix et malheureusement, ce qui ressort de tout cela lorsque l’on échange avec des jeunes durant le repas (j’y ai déjeuné), c’est que la nourriture servie est peu appréciée.

Spécifiquement au LFIP, on aimerait connaître la nature du contrat qui le lie à la société « Comedores Levantinos Isabel sl (COLEVISA) » pour la préparation des repas ? Pourquoi, dans un cadre associatif, le lycée et la MLF refusent-ils de communiquer sur le contenu de ce contrat ?

Est-il normal que les familles payent le matériel de cuisine dans le prix des repas et dans quelles proportions ?

Est-il normal que les frais de scolarité contribuent au remboursement de la construction du lycée ? Que se passera-t-il lorsque le lycée sera amorti et que les familles, durant des années, auront payé ce crédit ?

Ces interrogations s’appliquent évidemment à tous les lycées du réseau.

À toutes ces questions, on ne reçoit qu’une seule réponse : « Nous n’avons rien à vous dire. Cela ne vous regarde pas. ». On perçoit assez nettement que les réponses du LFIP à ces questions ne proviennent pas de la direction du lycée mais bien directement du siège de la MLF. 

Lorsque l’on interpelle le directeur de l’école primaire au sujet du niveau de bruit insupportable dans la cantine, ce dernier répond qu’il n’a malheureusement pas de budget pour régler le problème dans l’immédiat mais qu’un professeur de physique et ses élèves de terminale travaillent sur un projet de solution !

On ne peut que louer la bonne volonté des élèves et de l’équipe du lycée pour compenser les défaillances de la MLF.

Il est néanmoins utile de rappeler pour ceux qui l’ignorent, que le coût de construction du LFIP dépasse les 11 millions d’euros pour un bâtiment bien peu (pour ne pas dire pas du tout) écologique (on cherche les panneaux solaires et tout le reste qui permettrait de limiter l’impact écologique du lycée) et dont la conception, notamment de la cantine et des espaces extérieurs (niveau sonore, pas de protection solaire, aménagements défaillants pour les maternelles), s’apparente à de l’amateurisme complet de la part d’une organisation à la tête d’un patrimoine immobilier qui dépasse les 147 millions d’euros…

J’ai pu visiter l’ensemble des cuisines avec le chef cuisinier (un homme d’expérience qui a travaillé dans de nombreuses structures dont l’hôpital Son Espases et qui doit composer avec les contraintes de moyens sur place et les critiques, justifiées, des familles), et ici encore, on a son lot de surprises : pour le nettoyage du sol, l’eau s’écoule vers les murs au lieu d’évacuer au centre de la pièce dans les siphons. Cette nouvelle erreur de conception (ou simplement de contrôle et de réception des travaux) a un impact important sur l’hygiène des locaux et perturbe naturellement l’exploitation de la cuisine.

Un autre sujet sensible est celui de la possibilité pour les enfants d’apporter au lycée leur propre repas et de bénéficier d’un espace surveillé pour se restaurer. On nous dit que ce n’est pas possible au LFIP, que ce n’est pas dans la culture de la MLF…

C’est assez étrange car ce service est bien proposé au lycée d’Alicante (et d’Ibiza). C’est donc possible et cela fonctionne.

Alors que ces dernières années la conception des nouveaux bâtiments permet un usage limité de la climatisation, au LFIP, on l’utilise abondamment, et, malgré cela, les enfants souffrent de la chaleur derrière des baies vitrées dont le verre n’est pas traité pour filtrer les rayons du soleil. Ce sont des erreurs de conception qui finissent par coûter cher et nuisent aux élèves.

Mais où se trouve l’essentiel ?

Contrairement au directeur du primaire qui semble très satisfait de ce nouveau bâtiment et de ses équipements « high tech », de nombreux parents sont bien plus sensibles à l’essentiel, soit au soin qui doit être apporté au recrutement et au niveau de formation et d’accompagnement régulier des équipes pédagogiques pour offrir un enseignement de qualité aux enfants. Certains enseignants ont confié également que l’essentiel n’est pas le matériel mais bien l’humain et qu’il ne fallait pas se laisser « distraire par le superficiel »…

L’argumentaire « commercial » de la MLF passe aussi par des recrutements au niveau master (soit bac + 5) et un accompagnement des équipes pour une formation active et continue… À lire le courrier de l’Association des parents d’élèves (l’ALI) qui a provoqué un séisme chez les enseignants au LFIP et à entendre un certain nombre de parents, l’on pourrait donc penser que le niveau d’enseignement n’est pas optimal et ce, notamment dans le secondaire.

Objectivement, il faut être particulièrement motivé et passionné par son métier pour rester à Palma et travailler au LFIP (et visiblement à la MLF car les syndicats recommandent de ne pas y postuler). Les échanges avec des employés du lycée font apparaitre qu’il doivent cumuler deux, voire trois emplois pour vivre à peu près décemment à Palma. 

Dans tous les cas, de nombreuses familles considèrent l’équipe pédagogique comme un partenaire à part entière. S’il y a des reproches à faire, il est très facile de s’asseoir autour d’une table et d’échanger, dans le respect mutuel, pour dissiper les malentendus et améliorer les choses. Le dialogue fonctionne et permet très souvent d’éviter les conflits ou les incompréhensions avec la direction du lycée ou les enseignants.

L’inclusion, terme pourtant très à la mode, mais qui doit surtout permettre à des enfants en difficultés de suivre une scolarité normale est aussi un principe essentiellement financier à la MLF. Les parents dont les enfants doivent être accompagnés doivent encore aujourd’hui le payer très cher (900 € par mois en plus des frais de scolarité selon ce qui m’a été communiqué par une famille concernée).

A la MLF, le handicap est également une grosse dépense pour les familles qui n’est donc pas mutualisée.

Si l’on fait preuve de pragmatisme et en tenant compte des arguments développés dans le courriel (à retrouver ici) du comité des enseignants du lycée pour justifier « de la grève blanche » lancée le 14 mars dernier (et toujours en cours), on doit aussi se demander comment la MLF peut réussir à recruter (et surtout conserver) des professeur(e)s de bon niveau et motivés avec des salaires des inférieurs à ceux de leurs collègues espagnols, notamment aux Baléares où le coût de la vie est si élevé.

Finalement, une certaine inquiétude, voir même un climat de « peur » existe bel et bien au sein du LFIP.

La peur de perdre son emploi lorsque l’on a fait sa vie à Majorque, à plus forte raison lorsque l’on est séparé(e) avec des enfants en garde partagée et que l’on ne peut pas rentrer en France pour travailler en laissant sur place ses enfants. Cette configuration est aussi la réalité de certains employés du LFIP et leurs employeurs du siège de la MLF le savent très bien, raison pour laquelle beaucoup souffrent en silence et n’osent pas protester.

Les parents d’élèves sont aussi concernés par la qualité du dialogue social au sein du LFIP et de la MLF car cela impact directement la scolarité de leurs enfants.

Alors que l’on pouvait penser que nous sommes des partenaires du lycée dans l’accompagnement de nos enfants, nous ne serions en réalité que de simples « clients ».

Effectivement, comme déjà dit, nous n’avons pas le droit au statut de membre adhérent de la MLF, nous ne sommes donc que « leurs clients ».

De ce fait, comment est-il possible que nous puissions être les « clients » d’une Association ?

Devons-nous être contraints d’accepter les choix stratégiques de la MLF et du LFIP, dictés par des considérations uniquement mercantiles en s’éloignant des nécessités éducatives avec une farouche volonté de générer de gros profits ?

La MLF et le LFIP ont des obligations et des devoirs à respecter, les parent ont également des droits, à savoir que leurs enfants soient accueillis sans discrimination (notamment financière) et avec le même niveau de formation des professeur(e)s et de contrôle des autorités de tutelle qu’une école ou un lycée métropolitain.

Il semblerait que les contrôles réguliers de la part de l’Éducation Nationale au sein des lycées du réseau de la MLF soient plutôt rares, voire inexistants (sauf un tous les cinq ans au moment du renouvellement de l’homologation). Ces contrôles et cet accompagnement sont pourtant utiles et nécessaires dans l’intérêt aussi bien des élèves que des enseignants.

Ailleurs en Espagne, cela se passe comment ?

D’une manière générale les familles ne pas informés des initiatives et du mode de fonctionnement de chacun des lycées du réseau. En réalité chaque lycée a sa propre identité et sa propre manière de gérer le quotidien des élèves. Il n’existe pas de plateforme commune d’information pour le réseau espagnol (pour les autres réseaux non plus d’ailleurs), et ce, bien qu’il existe un site internet, peu actualisé, censé valoriser les actions et événements des établissements d’Espagne et du Portugal, mais que malheureusement personne ne connait…

A Séville par exemple, les activités extra-scolaires sont organisées par le lycée et permettent même aux parents d’y participer. C’est une toute autre approche qu’au LFIP et mériterait que l’on s’y intéresse.

A Gran Canaria, on sait aussi motiver les parents : pour le parrainage d’un enfant qui intègre le lycée, c’est 240 € de remise sur les frais de réinscription d’un enfant… Ou comment transformer les familles en revendeurs de la MLF !

Enfin il faut le répéter ici, les jeunes enfants de TPS (très petite section de maternelle) à Murcie ne payent pas la cantine. C’est un vrai plus pour les familles qui ont déjà la chance d’avoir les meilleurs tarifs de scolarité du réseau avec le lycée de Saragosse…

Deux autres exemples concrets :

  1. Le Lycée d’Alicante publie sur la page d’accueil de son site internet, une lettre adressée par le directeur général de la MLF à l’Association des parents d’élèves du lycée au sujet du non remboursement des frais de scolarité du 3ème trimestre 2019-2020 en pleine période COVID.

Ce courrier est « une fin de non-recevoir », avec un mépris certain, face à la demande de ces familles, et ce alors même que l’une d’entre elles a partiellement gagné sa procédure judiciaire face à la MLF (une réduction des frais de scolarité de l’ordre de 35 %), dans un arrêt rendu il y a quelques mois en novembre 2022 et qui devrait faire jurisprudence.

Cette prise de position de la part du directeur général de la MLF est d’autant plus difficile à comprendre que celui-ci a déclaré dans la presse : « Nous sommes au bout du processus juridique. Cela crée une jurisprudence mais à la portée, exclusivement, locale. Nous allons donc rembourser les parents de cet élève ».

Au final, malgré leur main tendue, les autres familles n’auront d’autre choix, si elles s’estiment lésées par cette réponse, d’ouvrir une nouvelle procédure judiciaire individuelle ou collective face à la MLF. Cette situation est assez symptomatique de l’absence totale de communication avec les familles de la part de la direction de la MLF.

  1. Les actes pédophiles signalés par des familles au sein du lycée AEFE de Barcelone.

Ce lycée a récemment fait parler de lui dans la presse espagnole et française (voir ici). Un moniteur d’un prestataire extérieur au lycée a été arrêté et le directeur du primaire a été suspendu. Une enquête judiciaire est en cours.

Cet évènement dramatique, qui fait non seulement souffrir les enfants concernés mais également leurs familles et la communauté éducative, doit être traité avec la plus grande prudence et un accompagnement des victimes doit être mis en place, ce qui conduit à « plusieurs aménagements » et à l’élaboration d’un protocole de prévention, comme l’annonce le proviseur du lycée de Barcelone.

Pour éviter que cette situation ne puisse se reproduire au LFIP (comme n’importe où ailleurs), il est essentiel de connaître le protocole de prévention prévu par la direction du lycée (et conforme aux normes espagnoles) en recevant notamment la confirmation qu’aucun(e) élève ne puisse se retrouver seul(e) avec un tiers dans les sanitaires ou ailleurs que ce soit durant le temps scolaire ou extra-scolaire.

Des constats, mais comment faire changer les choses ?

A ce jour aucun interlocuteur au sein de la MLF n’a souhaité répondre afin d’évoquer sérieusement ces différents sujets.

Comme déjà dit, aucune réponse n’a été apportée aux courriers pourtant adressés au Président et au Directeur général de l’Association.

Il est utile de de préciser que le Président de la MLF depuis le 19 avril 2016, Monsieur Perret, est un ancien doyen de l’inspection générale de l’Éducation Nationale et l’ancien directeur du Centre International d’Etudes Pédagogiques, devenu France Education International.

Eu égard à son cursus et à ses fonctions passées, on attend de sa part un peu plus de respect et de courtoisie vis-à-vis de ses interlocuteurs en commençant, par exemple, par répondre aux messages qui lui sont adressés.

Le directeur général de l’Association depuis le 17 janvier 2022, Monsieur Merriaux, est un ancien régisseur de plateau de télévision, titulaire d’un simple DEA « Économie de l’Industrie et des Services » passé par France 5 et le Centre National de Documentation Pédagogique et arrivé à la MLF dans des conditions qui mériteraient d’être détaillées (on aimerait connaitre le niveau de rémunération du directeur général d’une association reconnue d’utilité publique) et justifiées, tant on peine à comprendre la légitimité de sa présence en tant que directeur général.

On est effectivement en droit de se demander comment cette personne, qui gère la scolarité de plus de 60.000 élèves, a pu obtenir son poste compte tenu de sa formation universitaire et de son parcours professionnel face à d’autres candidats bien plus au fait du fonctionnement d’un établissement scolaire.

Cela étant, en lisant les parcours croisés du Président et du directeur général de la MLF, on trouve déjà quelques réponses…

Finalement, le directeur du primaire du LFIP m’a fait comprendre que pour la MLF et le lycée « je n’étais rien d’autre qu’un parent isolé qui ne représente que lui-même dans ses démarches ». Je n’aurais donc aucune légitimité.

Il n’est pas dans mes intentions d’engager une croisade avec les parents du monde entier pour faire changer les choses à la MLF et, plus localement au LFIP. En revanche, il n’est pas nécessaire d’être si nombreux pour défendre certains principes essentiels comme : le respect, l’équité et l’honnêteté. Ce sont trois piliers essentiels qui devraient être, encore aujourd’hui, les fondements de la MLF, née il y a 120 ans.

J’ignore bien évidemment quelle sera la réaction de chacun d’entre vous face à ces lignes mais je doute, que vous ne soyez pas, au mieux scandalisé, au pire surpris, par tous ces éléments portés aujourd’hui à votre connaissance. Chacun agira en conscience et fera entendre sa voix s’il l’estime nécessaire afin d’obtenir des explications et les changements utiles.

En résumé, ce qui devrait changer rapidement

La MLF devrait être amenée, pour ne pas dire contrainte, à la transparence.

On est en droit de connaitre, dans le détail, la réalité économique du fonctionnement de cette Association reconnue d’utilité publique qui doit rendre des comptes à ceux qui la font vivre : les parents, les familles et les personnels des établissements.

Les familles dont les enfants sont scolarisés au sein d’un lycée géré par la MLF devraient pouvoir obtenir :

  • 1) Une représentation au sein du Conseil d’administration de la MLF à partir d’un vote démocratique.

  • 2) Une baisse immédiate des frais de scolarité dans tout le réseau (notamment espagnol) et les aligner (à la baisse) afin de supprimer les disparités entre les établissements au sein du même pays. Applicable dès la rentrée 2023.

  • 3) Un dialogue serein avec des représentants de la MLF lorsque cela est nécessaire et notamment avec des interlocuteurs dont le parcours professionnel et la formation sont en rapport avec l’organisation d’un établissement scolaire. Le directeur général actuel de la MLF ne répondant clairement pas à ces critères.

  • 4) Les détails financiers de la MLF et de tous ses établissements rattachés et non obtenir une synthèse comptable « fourre-tout » de l’ensemble de ses filiales et du siège.

  • 5) Les détails des coûts de fonctionnement de la MLF (salaires du siège) et des frais engagés qui ne servent pas directement les intérêts des enfants et de leurs familles (frais de communication, congrès annuel, promotion, etc…). Une simple ligne comptable « Autres achats et charges externes » à hauteur de plus de 24 millions d’euros exige des précisions…

  • 6) Une harmonisation des règlements intérieurs de chaque établissement à l’intérieur d’un même réseau afin d’obtenir une cohérence éducative.

  • 7) Le lancement d’une vaste enquête de satisfaction auprès des parents, des enfants et des personnels des lycées membres de la MLF dont les résultats devront être publiés.

  • 8) Le protocole mis en place par la MLF et le LFIP (s’il existe) afin d’obtenir les garanties que tout est mis en œuvre au sein des établissements pour éviter les dérives graves telles que celles dénoncées au sein du lycée conventionné AEFE de Barcelone.

  • 9) La mise en œuvre d’un audit privé et indépendant de la MLF et de ses établissements afin d’apporter toute la lumière sur leurs gestions, pays par pays, lycée par lycée.

  • 10) En complément, la mise en œuvre d’un audit de la MLF par la Cour des comptes de la République Française qui semble à ce jour n’avoir encore jamais été réalisé depuis la création de l’Association il y a plus de 100 ans…

N’hésitez pas à faire part de votre expérience au sein de la MLF ou de vos commentaires /

Si vous souhaitez que je vous représente dans le cadre d’une action collective, faites-le moi savoir :

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Julien Coissac – Parent d’élève au LFIP